07 août 2007
Merioun Kabar
- Bonjour puis-je m’asseoir à votre table quelques instants ?
- En fait je m’apprêtais à partir, je vous avais vu entrer et je comptais vous céder la place. J'esquissais un geste pour me lever, mais elle retint mon bras avec une légère fermeté qui me surprit.
- Il y a bien longtemps dans le royaume de Pachtir vivait le roi Merioun Kabar. Le roi Kabar s’ennuyait à mourir, il passait le plus clair de son temps allongé au bord de la plus belle fontaine de son palais lisant les nombreux récits de voyageurs parcourant le monde à la recherche de vérités. Il aimait cet endroit car il lui procurait une sensation de paix intérieure. Dans le passé, Merioun Kabar venait souvent s’y réfugier lorsqu’il devait prendre une décision concernant l’avenir de son royaume. La fontaine était au centre d’un immense patio arboré, elle avait été sculptée par les meilleurs artisans du royaume et représentait la dynastie des Kabar ; les guerres, les conquêtes, les grandes découvertes étaient soigneusement représentées. 
Il y a bien des années qu’on ne le consultait plus à propos d’une querelle, la vie s’écoulait paisiblement dans son royaume, et le roi, seul, s’ennuyait. Chaque matin, au réveil, l’intendant lui faisait le compte rendu détaillé des affaires du royaume. Tous les jours la même rengaine : le royaume se portait à merveille, les habitants étaient heureux. Le roi n’écoutait que d’une oreille, son esprit était ailleurs, la flamme de son âme avait perdu de son éclat.
On raconte qu’un jour une jeune femme se présenta aux portes du palais et demanda à rencontrer le roi. Les gardes l’accueillirent avec le sourire. Elle pénétra dans le patio et trouva le roi allongé comme à son habitude. A la vue de la jeune femme, le roi se leva brusquement. D’un simple regard il comprit que sa vie désormais ne serait plus comme avant. La jeune femme lui semblait un ange envoyé par Dieu pour lui annoncer…
- Lui annoncer quoi ? M’interrompit-elle.
- Un grand voyage, repris-je. Je suis le roi Merioun Kabar et vous êtes la jeune femme du conte.
- C’est trop d’honneur que vous me faites, dit-elle en souriant. Mais j’aime votre histoire et j’admire votre perspicacité.
- Allons faire une ballade sur le vieux port si vous le voulez bien, cet endroit m’agace.
- J'accepte volontiers de vous suivre si vous me racontez la suite du conte.
09 février 2007
Portrait d'une inconnue (suite)
Elle commanda un café puis se tourna lentement vers moi. Les murs, les barbelés, la haine, les religions, rien ne peut freiner l’attirance que deux inconnus peuvent ressentir l’un pour l’autre. Cette pensée m’avait envahi l’esprit au moment précis où elle posa son regard sur moi. Inconsciemment je pressentais que nos destins allaient être liés. Je n’oublierai jamais ses beaux yeux marron légèrement en amande, je pourrai les identifier sans hésiter, même sous ces prisons de tissus que certaines femmes musulmanes sont contraintes de porter. Elle avait le visage doux, espiègle et légèrement rond, les cheveux châtain. Cette expression de visage, ce léger rictus au coin des lèvres m’étaient familiers mais j’avais du mal à recoller les morceaux. 
Des centaines d’images se bousculaient dans ma tête :
une ombre au bord d'un chemin calcaire inondé de soleil...
un souvenir d'enfance dans les ruelles endormies des fins d'après-midi...
une robe légère qui projetait son ombre sur les murs blancs de la médina...
des rires d'enfants qui jouaient à cache-cache...
une chanson triste arabo-andalouse ....
Une odeur de jasmin au détour d'une ruelle de Sidi-Bou…
La magie du henné dans le creux d'une main…
Les "youyous" des femmes comme un appel au souvenir…
Une brise frôlant légèrement mes joues à l'ombre d'un palmier…
Une douce chevelure que je caressait le soir avant de m'endormir...
Comment une inconnue pouvait-elle faire ressurgir autant d’images enfouies dans ma mémoire ?
25 janvier 2007
La rencontre
Bien que mes travaux scientifiques nécessitaient de la précision, de la rigueur et donc de la concentration, j’avais pris pour habitude de rédiger mes articles dans les cafés très fréquentés de Marseille. Paradoxalement, les discussions de comptoir, les phrases jetées en l'air au hasard d'une discussion, alimentaient mon imagination et me servaient de tremplin pour échapper à la monotonie d’un genre que j’étais contraint d’adopter pour mes écrits. J’aimais les oppositions.
J’étais assis à une table en face de la porte d'entrée, je venais difficilement de pondre
la première phrase de discussion de mon article
« Notre première hypothèse s’inspire des travaux de A. Formisano concernant les mécanismes gouvernant le passage des porteurs entre les zones à faible gap et les zones plus grand gap. Nous supposerons que les porteurs sont confinés dans les zones à petite bande d’énergie interdite, à très basse température, et que le passage vers les domaines à grands gaps se fait progressivement en fonction de la température par effet thermoïonique etc.»», lorsque que mon voisin de droite, un habitué du bar, qui était en grande discussion avec une vielle connaissance s’écria avec un fort accent marseillais : « Ma grognasse de belle mère, cette fangoule, elle ne s’entend qu’avec les animaux, les malades et les vieux. Eh bé tu vois ça tombe bien en ce moment je suis malade! ». Je me rendais compte, dans ces moments précis, que la vie ne se limitait pas à triturer la matière au fond d’un laboratoire. Bien sûr il fallait des petits bras pour faire avancer la science dans la bonne direction, mais j’avais de plus en plus la conviction que celle-ci pouvait se passer de ma contribution, je préférais les cafés et leurs brêves de comptoir.
Ce jour là je n’eu pas beaucoup d’inspiration et puis je dois avouer que mon voisin et sa belle mère m’avaient définitivement fait renoncer aux effets thermoïoniques sur les porteurs confinés. J’eu envie de prendre l’air, de faire un tour sur le vieux port. Je m’apprêtais à plier bagage lorsque je la vis s’avancer devant le comptoir.
22 janvier 2007
La partie de belote - suite
- Dan, je sais que tu n’as pas envie de replonger dans le passé, mais j’ai absolument besoin de toi pour essayer de comprendre quelque chose à cette histoire. Tu as vécu auprès de lui de nombreuses années, a qui d’autre que nous Jacob a-t-il confié ses rêves ? Comment cette fille du bar était elle au courant ?
- Je n’en sais rien Ismo, je….
Marco se leva et interrompit Dan. Je n’avais jamais connu une telle expression dans son regard. Il semblait inquiet.
- Ismo, nous savions depuis quelques semaines que, tôt ou tard, tu allais recevoir un billet identique aux nôtres. Tu as bien entendu, chacun de nous a reçu ce même billet, écrit de la même main, je l’ai vérifié tout à l’heure. Les énigmes ne sont pas les mêmes, mais ce qui me parait le plus étrange, c’est que quelqu’un te l’a remis en main propre, alors que nous les avons reçu par courrier. J’espère que tu comprends maintenant pourquoi j’ai insisté pour que tu viennes, cette fille semble être liée à notre passé.
Tous les détails de la discussion de la veille me revenaient en mémoire. Malgré le sérieux de la situation, je ne pouvais m’empêcher de sourire en pensant à la dernière blague juive qu’il m’avait racontée au téléphone. Nous avions l’habitude, tous les trois, de commencer nos conversations téléphoniques par ce rituel.
- Allo, Ismo, écoute cette dernière, je t’en prie, écoute.
« Jacob tout affolé rencontre Moshé : tu connais mon fils Isaac, il revient d'Israël et figure toi qu'il s'est converti, il est devenu chrétien!
- non, ce n’est pas vrai, eh ben et moi aussi mon fils il est allé à Jérusalem, il est revenu il était chrétien!
- ça c'est bizarre, on va aller demander au rabbin ce qu'il en pense.
-salut Rabin, tu connais le fils de Moshé il est parti en Israel, il s'est converti au christianisme, et mon fils c’est pareil.
-ne m'en parlez pas, vous connaissez mon fils Raphaël? Il est allé à Jérusalem, il est revenu, il s'était converti !... C'est à n'y rien comprendre... Ecoutez mes amis je vais demander à Dieu.
Il se tourne vers Dieu et il lui dit : dis moi mon Dieu? Comment est-ce possible qu'arrive-t-il à nos enfants? Et le dieu répond:
- eh!!!... tu connais mon fils jésus?.......... »
Après cinq minutes de fous rires je lui avais tout raconté, l’inconnue, le billet, je lui avais demandé de tout révéler aux autres.
Marco avait insisté pour que je prenne ma journée prétextant qu’on se voyait moins depuis quelques temps. Il est vrai que ces dernières semaines, j’étais très absorbé par la rédaction d'un article que je devais faire paraître au plus vite. Avant le coup de fil de Marco, j’en étais justement au stade du remords, je m’en voulais d’avoir abandonné le rituel de la belote pendant la rédaction, je m’en voulais surtout d’avoir sacrifié l’amour de Sarah pour un métier qui ne m’apportait plus aucune satisfaction. Il ne mit pas longtemps à me convaincre.
- Si vous étiez au courant tous les trois, pourquoi cette mascarade ? Pourquoi cette partie de belote ?
- Dan me tendit son enveloppe avec un petit sourire au coin des lèvres. Pas de doute l’écriture arrondie était la même. Ce n’était pas vraiment une énigme, mais les mots « belote», « souvenirs » et « Jacob » étaient inscrits sur le billet.
- Ok ne me dis plus rien Dan, j'ai été ridicule tout à l'heure, je m'en excuse. La perspective de replonger dans nos souvenirs communs me réjouissait de plus en plus.
15 janvier 2007
La partie de Belote
En vérité je n’en voulais pas à Dan de se passionner autant pour le jeu de belote, c’était sa manière à lui de ne pas oublier le vieux Jacob, de ne pas tirer un trait sur le passé. Jacob lui avait enseigné les règles et les astuces et, comme souvent, le maître finit par être dépassé par son élève. Dan devint vite un fin stratège de la belote, le héros de tout Tunis, l’as des as, que dis-je, « Belote Man ». Il se passionna tellement pour ce jeu que parfois il arrivait qu’il manqua une journée entière au lycée pour organiser des tournois de belotes dans l’appartement des ses parents. Ces derniers ne s’en rendaient jamais compte, tout ce micmac se déroulait pendant les heures d’ouverture du salon. Parfois sa mère rentrait plus tôt que prévu, mais Dan avait pris soin de placer des éclaireurs tout au long du trajet. Bien entendu nous le couvrions toujours pour expliquer ses absences, il arrivait même que nous fassions parti de l’escadron de reconnaissance. Jacob bien sûr était de mèche, lui-même se chargeait de recruter les divers concurrents parmi ses connaissances. L’appartement se transformait parfois en vrai tripot et nous n’avions jamais su si les parents de Dan avaient découvert la supercherie, malgré le soin que tous les participants prenaient pour effacer les traces d’une quelconque présence. Comme le salon de coiffure tournait plutôt bien, ils décidèrent un jour de l’agrandir et de recruter plusieurs apprentis. La mère de Dan s’occupait de plus en plus de la comptabilité, ce qui ne nécessitait pas sa présence au salon. C’en était fini des tournois de belote.
Aujourd’hui, à
Marseille, les parties sont moins virulentes, mais elles sont toujours chargées
de ces souvenirs.
Les rois nous avaient choisis Dan et moi pour former une équipe. Cela m’arrangeait bien j’avais l’habitude de suivre et de ne pas trop prendre de risque.
Nino était le premier à parler et à jouer. Il annonça sans trop hésiter un quatre vingt à pique, ce qui revenait à demander à Marco s'il avait en main le neuf de pique. Dan regarda son jeu avec son léger tic caractéristique qu’il avait contracté à la grande époque des tournois, il clignait des yeux en soufflant légèrement sur son jeu, il leva la tête et, tout en me regardant dans les yeux, annonça quatre vingt dix à carreaux. Marco n’hésita pas et surenchérit : cent à pique. Les choses se précisaient, j’étais le dernier à parler. J’avais un bon jeu pour accompagner une prise, et comme d’habitude, rien pour annoncer une couleur. Décidément, je n’étais pas très chanceux avec les jeux de carte, mais avec trois carreaux, je n’hésitais plus : cent dix carreau. J’étais fier de pouvoir soutenir le jeu de Dan, peut-être avions nous une chance de gagner aujourd’hui. Je voulais surtout me racheter de ne pas avoir été très attentif. Nino était embêté, mais prit quand même le risque de monter et risqua cent vingt à pique. A partir de ce moment les choses se corsaient, j’espérais que Dan savait ce qu’il faisait en annonçant cent trente. Marco et moi nous ne maîtrisions plus la situation, nous abandonnâmes les enchères tour à tour. Non décidément je n’aimais pas prendre de risques. Avec Dan comme partenaire, j’avais toujours l’impression que jouer aux cartes était comme mettre ma vie en danger.
Les annonces étaient pour moi le moment le plus agréable dans ces parties de belote, j’adorais regarder leur visages, déchiffrer leur jeux. En bon méditerranéen que nous étions, nous ne pouvions cacher nos émotions. L’envie nous démangeait de dévoiler à tout moment nos cartes et parfois on se risquait à des mimiques peu discrètes ce qui nous faisait bien rire. Que seraient nos parties de contrée sans ces fous rires et ces petites engueulades
La partie se déroula sans encombre, Nino et Marco ne remportèrent qu'un seul pli de vint cinq points. Pour nous faire chuter, ils devaient réaliser un minimum de trente trois points, le contrat était donc réussi.
J’avais regagné la confiance de Dan, il fallait en profiter pour remettre l’énigme sur le tapis.
11 janvier 2007
Souviens-toi des rêves de Jacob
Il me paraissait évident, maintenant, que je devais les tenir informés du billet et de son contenu, seul je ne pouvais résoudre l’énigme.
- Sur la plus belle pièce une déesse veille sur le sommeil des morts. Souviens-toi des rêves de Jacob !
- Ismoooooooo ! Quoi ça y est tu as vu la vierge ou quoi ? Dis moi, elle est venue te faire un bisous sur le front hier soir avant de te coucher?
- Nino tu m’énerves avec ton accent pied noir à couper au
couteau. Ca fait 20 ans que tu habites à
Marseille, tu pourrais faire un effort. Jusep de Ribera Le rêve de Jacob (1639) 
- Vé le l’autre, il nous fait le beau avec ses poèmes et
ses rêvasseries et en plus il vient nous faire une leçon d’intégration. Je te
signale, monsieur l’intégriste de l’intégration, que depuis que tu n’es plus
avec nous sur terre c'est-à-dire, pour être précis, depuis le début de la
partie on n’a pas gagné une seule fois. Ce n’est pas compliqué pourtant il
suffit de jouer avec son partenaire, encore faut-il que tu daignes nous tenir
compagnie.
- Dan tu m’énerves avec ta belote. Tu te réveilles le
matin tu penses à la belote, tu vas aux toilettes tu emportes avec toi un jeu
de belotes, quand tu parles à une fille c’est pour lui proposer une partie de
belote, tu t’endors le soir en rêvant de belote. Oh mais ouvre toi un peu l’esprit
bon sang ! « Sur la plus belle pièce une déesse veille sur le sommeil
des morts. Souviens-toi des rêves de Jacob ». C’est ce qu’il y avait écrit
sur le billet de l’inconnue. En disant ces mots je leur tendit l’enveloppe et
le billet. Marco fut le premier à s’en saisir. Il s’était crispé en m’entendant
prononcer le nom de Jacob. Il rangea le tout dans sa poche et
dit :
- Inutile d’en discuter maintenant finissons cette partie !
- Ah enfin quelqu’un qui me comprend ! Voyez-vous, monsieur Ismo, On ne peut pas résoudre des énigmes en pleine partie de belote, c’est trop sacré !
- D’accord pour une dernière, répliquais-je, mais promettez-moi de m’aider. Cette histoire me perturbe comme l’a si bien dit Nino tout à l’heure.
08 janvier 2007
contes et rythmes
Le vieux Jacob tuait le temps au « café de Paris » en jouant aux cartes avec ses vieux amis. Puis en en fin d’après-midi, avec la ponctualité qui le caractérisait, prenait congés d’eux et se dirigeait naturellement vers le salon de coiffure et nous attendait. Il savait que nous adorions les vieilles histoires du vieux Tunis, celles qui traitaient d’amitiés ancestrales entre juifs, musulmans et chrétiens, celles qui traitaient d’humanité tout simplement. Jacob avait raté sa vocation de conteur, il semblait vouloir rattraper le temps perdu, et pour rien au monde nous n’aurions manqué une séance. Il nous faisait vivre les milles et une nuits en nous mimant tous les personnages et les situations.
Lorsque le vieux Jacob faisait une pause, Marco prenait le relais avec sa Darbouka. 
Ce que nous aimions tous dans ces moments là, ce n’était pas tant qu’il jouait à merveille de cet instrument, mais c’était la façon qu’il avait d’imiter son professeur de Darbouka d'origine espagnole. Comment ce professeur avait tout planté pour venir à Tunis enseigner la darbouka au conservatoire, nous ne l'avions jamais su.
« Lo DOUM » è le son lou plou grave, obtenou en frappant le zentre de la peau, le « TAK » celoui obtenou en frappant le bord droit (ou gauche) de la peau à l'aide dou majeur et de l'annoulaire. DOUUUM TAK DOUUUM TAK DOUUUM TAK DOUUUMM TAK». Puis Marco enchaînait sur différents rythmes faisant danser ses mains et ses doigts sur la surface de la peau.
Nous passions des soirées entières à nous sâouler de rythmes et de contes. J'en oubliais parfois de rentrer à la maison où une bonne râclée souvent m'attendait.
Ses rythmes, ses moments, je ne les oublierai jamais, ils sont encrés en moi, ils ont bercé mon enfance, ils me tiennent compagnie dans les moments de solitude et peupleront partie de mes rêves jusqu’au dernier jour.
Encore aujourd'hui quand on se retrouve tous les quatre sur le vieux port, deux fois par semaine, pour une partie de contrée qui ne finit jamais, je repense à ces moments.
05 janvier 2007
Lycée Carnot de Tunis
Nous nous sommes connus tous
les quatre
sur les bancs du Lycée Carnot de Tunis, où se côtoyaient des enfants
issus de
toutes les religions et de toutes les
combinaisons possibles que l’on pouvait imaginer entre elles. Des
générations de musulmans, juifs, catholiques, judéo-musulmans,
musulmo-juifs, judéo-chrétiens, chréto-juifs, musulmo-chrétiens,
chréto-musulmans, d’origine
Tunisienne, Turc, Française, Italienne, Espagnole, Maltaise, Grecque
etc., enfin bref toute la méditerranée avait posé ses fesses sur les bancs de ce lycée
mythique. Quand on y faisait ses premières classes, on était marqué à
vie !
Le hasard faisait que Nino, Marco, Dan et moi nous nous retrouvions systématiquement dans les mêmes classes de la cinquième à la terminale, date à la quelle nous nous sommes séparés pour un long moment. Nous étions inséparables en ce temps là et, en général pendant les cours, nous évitions toujours les premières rangées pour pouvoir être ensemble. Notre domaine réservé, notre Jérusalem, notre No Man’s Land à nous était au fond de la classe, contre le mur et tout particulièrement pendant les cours de musique de Madame Ettore. Par respect pour ce pauvre professeur, que nous avons rendu probablement folle, chi lo sa ?, je préférais ne pas trop rentrer dans les détails de ce qu’elle a pût subir pendant des années.
A cette époque j’habitais en face du Lycée et mes parents m’envoyaient souvent acheter le pain, denrée ô combien vitale, à la boulangerie que tenait le père de Nino non loin de l’avenue de Paris. J’acceptais volontiers cette mission, d’autant que Nino m’attendait souvent derrière le comptoir pour partager des beignets à l’huile et des casses croûtes tunisiens que son père venait de préparer. Une fois le goûter terminé nous nous rendions chez Dan pour aller savourer les dernières histoires du vieux Jacob. C’est là que Marco nous rejoignait souvent, après son cours de Darbouka. Les parents de Dan étaient coiffeurs tous les deux et avaient racheté le salon d'un vieux coiffeur juif, dont tous les enfants avaient quitté la Tunisie et dont aucun, ça allait de soi, n’avait voulu reprendre l’affaire. Il les avait laissé partir un à un sans rouspéter, refusant catégoriquement de les rejoindre malgré leur insistance. Tunis était la ville de son enfance et de ses ancêtres il ne la quitterait pour rien au monde. La famille de Dan avait fini par l’accueillir chez eux, il était devenu pour Dan non pas le grand père adoptif mais le grand père adopté.
03 janvier 2007
Bâtard
Moi c'est Samy le "bâtard", comme ils s'amusent parfois à répéter. "Bâtard" parce que né d'une mère juive et d'un père musulman. "Tu
te rends compte", me disait Nino au cours d'une de ces innombrables
parties de belotes, "tu es le conflit Israélien à toi tout seul et si
un jour tu en avais marre et que tu avais envie de te noyer, tu ne
pourrais même pas.... tu sais nager, imbécile que tu es!". 
Ils se vexeraient si je leur annonçai que je n'aimais pas le surnom, Ismo, qu'ils m'avaient donné.
Et puis depuis le départ de Sarah ils étaient ma famille : Nino, Dan et Marco mes frères de sang, mes frères de coeur. Je l'acceptais volontier donc, comme un enfant adopte son prénom, par simple reconnaissance envers leur affection et leur amitié. Sarah, elle est partie un jour sans me prévenir, sans même me dire au revoir, comme si elle venait de tourner la dernière page d'un livre qu'elle se forçait à lire depuis des années. Marre sans doute de mes questionnements, de mes peurs.
21 décembre 2006
Au cafe du vieux port
Assis au café du vieux port
Nous parlons de nos vies trop courtes
Du temps où nous étions enfants
Du temps où nous étions insouciants
De ces ombres que nous croisons
De toutes ces occasions manquées
Du bonheur qui tarde à venir
Des enfants que nous voyons grandir
De nos proches qui disparaissent
Et que nous ne verrons plus
De nos amis qui s’en vont
Et de ceux qui reviennent
……..
- C'est nul ton poème là! Et puis je te rappelle que Nino n'a pas de coeur et qu'il serait bien inspiré de couper ton As.
- Bon vous avez fini de tricher les deux là! Cette partie de contrée me fatigue, entre Ismo qui se prend pour un poète et Dan qui joue à la parlante!
- A la contrée on triche pas, on s'esplique!!
- C'est quoi qui te perturbe Ismo, c'est ton enquête? Ne te prend pas la tête, va!
- C'est quand même étrange ton histoire. Une inconnue dans un café glisse une enveloppe dans la poche de ta veste... On dirait le début d'un film policier!





